Que comprendre du pullulement des centres de formation pour les bacheliers?

S’agit-il d’une formation pré-universitaire ou d’un prolongement du cycle secondaire? Difficile à dire mais il est aisé de constater cette remarquable montée en puissance des préfacs, qui sont de plus en plus nombreuses à travers le pays.

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Des postulants suivant une formation de mise à niveau dans une préfac organisée par des étudiants de la Faculté des Sciences Humaines de l’Université d’État d’Haïti

Devenus presque incontournables pour les bacheliers aspirant à faire leur entrée dans les différentes universités du pays, notamment à l’Université d’État d’Haïti (UEH), ces centres de formation communément appelés «préfacs», ne cessent d’attirer l’attention, au point d’être à l’origine de questionnements sur leur raison d’être et sur les causes même de leur existence.

Il y a tout juste une semaine depuis qu’un article paru dans les colonnes du quotidien Le National a fait état du décaissement des fonds publics « de plus de 7 millions de gourdes »[1]  par la Caisse d’assistance sociale (CAS) pour l’organisation d’une préfac dite de « solidarité ». Une solidarité envers qui ? Aux victimes de notre système éducatif ? En effet, comment rester impassible devant une telle situation, alors que des milliers de jeunes, malgré l’obtention de leur bac, s’estiment inaptes à se présenter aux concours d’admission des universités sans avoir suivi des cours de mise à niveau dans l’un de ces centres de formation? Logiquement, le diplôme de fin d’études classiques délivré par le ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP) devrait être l’équivalent d’un permis donnant droit aux jeunes bacheliers d’entamer des études supérieures. Mais la réalité haïtienne d’aujourd’hui nous propose un tout autre scénario. Le chemin des  préfacs est presque devenu un passage obligé pour se rendre à l’université.

Du point de vue historique, ces centres de formation pré-universitaire – ou postclassique, c’est selon – ont vu le jour en 1973. À cette époque, les cours qu’on y dispensait étaient considérés comme une plus-value pour certains bacheliers dont la formation souffrait de grandes lacunes pour leur admission à l’université. Mais les préfacs n’étaient pas aussi nombreuses et, conséquemment, n’avaient pas l’importance qu’elles ont aujourd’hui. Qu’est ce qui leur a valu cette montée en puissance? La défaillance du système éducatif haïtien? Le niveau – jugé trop haut – des universités en raison de leur faible capacité d’accueil? Ou encore le côté rentable de ces centres d’accompagnement? Autant d’interrogations auxquelles il est difficile de répondre. Ce qui est certain, c’est que ces centres de formation ne cessent de prendre de l’expansion.

Outre les faiblesses que peut révéler le système éducatif haïtien, et sans vouloir mettre en doute l’aspect social du travail des promoteurs de ces centres de formation, ouvrir une préfac reste avant tout une activité économique rentable pour les propriétaires, en majorité des universitaires. Exception faite des quelques rares préfacs, particulièrement celles de certaines entités de l’UEH, qui accueillent un certain nombre de postulants sur la base de concours… Mais d’une manière générale, les préfacs constituent une sorte d’entreprise socio-commerciale permettant aux organisateurs et aux accompagnateurs d’empocher quelques sous pendant les vacances. «L’argent gagné dans ces activités permet aux jeunes étudiants de couvrir certains frais de fonctionnement à l’université», reconnaît Rolex[2], l’un des administrateurs d’une préfac à Port-au-Prince.

 Le drame de l’écolier haïtien, c’est que même après ses 13 ans d’études classiques, il n’est pas certain d’avoir le niveau requis pour obtenir une place à l’université. Ce même système qui l’a évalué aux examens de baccalauréat et qui lui a décerné un diplôme, va lui dire, quelques semaines plus tard, qu’il n’est pas encore prêt pour des études universitaires… Le pire, c’est que l’écolier a intériorisé ce constat et qu’il ne peut même pas s’imaginer à l’université sans avoir suivi de cours de mise à niveau dans une préfac. Ainsi est-on en droit de se demander : À quoi sert au juste le diplôme de fin d’études secondaires ? En fait, est-il raisonnable de croire qu’un seul mois de cours de mise à niveau puisse combler 13 ans de lacunes ?

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Des postulants suivant une formation de mise à niveau dans une préfac organisée par des étudiants de la Faculté des Sciences Humaines de l’Université d’État d’Haïti

[1] http://www.lenational.org/prefac-de-solidarite-aveu-dimpuissance-gouvernement/

[2] Nom d’emprunt

 

Romaric FILS-AIMÉ

 

Auteur : romaricfs

Communicateur social - Journaliste - Passionné du sport, de la philosophie et de la politique.

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